
Comprendre les sargasses
Photo par Philippe Bourjon sous licence CC BY-SA 3.0
Origine du phénomène
​Les deux espèces impliquées dans le phénomène d’échouement, Sargassum fluitans (à gauche) et Sargassum natans (à droite), ont la particularité d’avoir un cycle de vie pélagique, c’est-à-dire qu'elles ne sont pas attachées à un substrat. Elles ont de nombreuses vésicules remplies de gaz leur permettant de flotter et de dériver en surface au gré des courants marins. Elles peuvent ainsi s’amasser en radeaux et sont souvent des lieux de vie et de reproduction pour de nombreuses espèces marines.
Les sargasses sont des macro-algues brunes de la famille des Sargassaceae naturellement présentes dans l’Atlantique Nord, notamment au sein de la mer des Sargasses et de la grande ceinture des sargasses. Il en existe plus de 400 espèces dans le monde.
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Photo par rjsinenomine, CC BY 2.0
Portées par le courant nord-équatorial, les sargasses parcourent de longues distances depuis le large de la Sierra Leone jusqu’à la mer des Caraïbes. En dérivant vers l’Ouest, elles viennent s’accumuler puis s’échouer, parfois par centaines de milliers de tonnes sur les côtes exposées, l’arc antillais étant l’une des zones les plus fortement touchées par cet afflux saisonnier. ​Les causes exactes de la forte présence de sargasses dans cette zone de l’Atlantique ne font pas encore totalement consensus au sein de la communauté scientifique. Pendant longtemps, les nutriments apportés par le fleuve Amazone et les rejets agricoles étaient les deux théories jusque là dominantes dans les médias mais depuis grandement invalidées comme principaux facteurs de la prolifération de ces algues. Aujourd'hui, les modélisations scientifiques montrent qu'un phénomène climatique exceptionnel appelé ONA , Oscillation Nord-Atlantique, a permis aux sargasses de la mer des Sargasses de s’échapper, en raison de changements dans la circulation atmosphérique, les vents et les courants dans l’Atlantiques Nord. Ayant trouvé des conditions particulièrement favorables comme une grande luminosité et eaux aux températures plus chaudes, les sargasses ont commencé à fortement proliférer dans l’Atlantique Equatorial, aussi appelé Atlantique tropical à partir de 2011. D'autres études soulignent le phénomène d'up-welling qui correspond à une remontée d'eaux chargées de nutriments. Cette nouvelle zone d’accumulation des sargasses dans les eaux tropicales est appelée « Grande ceinture de sargasses » aussi surnommée « nouvelle mer des Sargasses », bien que la première existe toujours. Ces facteurs semblent favoriser leur croissance, le développement et la prolifération des algues brunes et expliqueraient en partie leur développement saisonnier observé par satellite, même si le phénomène reste difficile à prévoir avec précision.
Des échouements massifs
Les échouements massifs de sargasses peuvent rapidement devenir dangereux pour la santé : en se décomposant, les algues libèrent de l’hydrogène sulfuré (Hâ‚‚S), de l’ammoniac (NH₃) et d’autres gaz irritants si elles ne sont pas ramassées à temps.
Leur accumulation sur le littoral provoque aussi de nombreux impacts socio-économiques et environnementaux : pertes financières pour les secteurs du tourisme et de la pêche, dégradation de la qualité de l’eau, atteintes aux écosystèmes côtiers, perturbation de la reproduction des tortues marines, érosion des plages liée aux opérations de collecte ou encore contamination des zones de stockage.
Les premiers échouements massifs de sargasses en Martinique et en Guadeloupe remontent à 2011. À l’époque, il s’agissait d’épisodes ponctuels mais déjà très critiques (notamment en 2011, 2014 et 2018). Depuis 2018, ces arrivées d’algues se répètent chaque année et touchent directement environ 35 % des communes de ces territoires.
2025 a été une année marquante, elle est considérée comme une année noire : les Antilles ont connu des records d’échouements jamais observés auparavant.
En quelques chiffres...
En Guadeloupe, 14 communes sur 32 sont touchées régulièrement et 3 de manière ponctuelle. Les échouements concernent environ 83 km de littoral, soit 12 % du total. On y dénombre 106 sites avec un enjeu sanitaire, dont 80 % présentent un niveau de risque fort à majeur. À moins de 300 mètres du littoral, 23 600 bâtiments sont potentiellement concernés.
En Martinique, près de 70 km de côtes (soit 16 % du littoral) et 9 communes sur 34 sont affectés de manière régulière, tandis que 10 autres subissent des échouements plus occasionnels. Au total, 78 sites ont été identifiés comme zones présentant un risque sanitaire, dont plus de la moitié avec un risque fort à majeur.
Chiffres issus de: Échouements de sargasses sur les côtes de Martinique et Guadeloupe : état des lieux 2024
Carte par Gaëlle Sutton, « Les plages antillaises sous la menace des échouages de sargasses »



