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Connaître ses impacts:
sanitaires, écologiques, économiques

Les impacts 
sanitaires

Lorsque les algues arrivent sur le rivage, elles sont encore humides et vivantes. À ce stade, elles ne dégagent pas d’odeurs et le risque sanitaire est faible.
Au bout de 48h, sous l’effet du soleil, de la chaleur et de l'absence d'oxygène, elles commencent à sécher en surface et à se décomposer. Cette étape joue un rôle essentiel : elle permet de créer un milieu favorable à l’installation de bactéries anaérobies, c’est-à-dire des bactéries qui se développent dans des environnements pauvres en oxygène.

À l’intérieur même des tas d’algues, l’oxygène est rapidement consommé. Les bactéries transforment alors la matière organique en produisant deux gaz principaux :

  • le sulfure d’hydrogène (H₂S), reconnaissable à son odeur d’œuf pourri, qui est toxique à exposition aigue ;

  • l’ammoniac (NH₃), un gaz irritant pour les yeux et les voies respiratoires.

Le risque sanitaire n’apparaît pas lorsque les algues sont encore fraîches.

Il devient réel lorsque :

  • les algues se décomposent dans l'eau ;

  • une pellicule blanche se forme à la surface;

  • une odeur forte d’œuf pourri est perceptible ;

  • des symptômes apparaissent rapidement à proximité (irritations, gêne respiratoire).

Dans ces situations, la mesure la plus simple et la plus efficace est de s’éloigner de la zone d’échouement.

Les radeaux des sargasses en haute mer font pleinement partie de l'écosystème. Le problème apparaît lorsqu’elles s’échouent en grande quantité sur les plages. Si elles ne sont pas rapidement ramassées, et qu'elles stagnent dans l'eau, les algues commencent à se décomposer, un processus qui s’accompagne de la production de gaz toxiques. Ce phénomène constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux sanitaires liés aux échouements massifs.

​Comment les sargasses libèrent-elles des gaz ? 

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Littoral de Sero Colorado, San Nicolas, Aruba

Photo par Ginelly.Q

Quels sont les effets sur la santé ?

Quand faut-il se méfier ?

À retenir 

 ​Il est recommandé de consulter les recommandations sanitaires de l'Agence Régionale de Santé Martinique

 

Les sargasses ne sont pas dangereuses en elles-mêmes lorsqu’elles arrivent sur la plage.
Le danger apparaît lorsqu’elles sèchent et fermentent, car ce processus libère des gaz irritants ou toxiques. Comprendre ce mécanisme permet d’adopter les bons réflexes : éviter les zones de décomposition avancée, limiter l’exposition prolongée, et signaler les amas d’algues lorsqu’ils commencent à noircir ou dégager une forte odeur.

L’inhalation de ces gaz peut provoquer différents symptômes, même à faible dose :

  • picotements des yeux, du nez et de la gorge ;

  • toux, essoufflement, irritation respiratoire ;

  • maux de tête, fatigue, sensation de vertige ;

  • exacerbation de l’asthme ou des allergies.

 

À des concentrations plus élevées, le sulfure d’hydrogène peut entraîner des malaises, des troubles neurologiques, voire des pertes de connaissance en cas d’exposition intense ou prolongée.

Les populations les plus sensibles sont :

  • les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes ;

  • les personnes souffrant d’asthme ou de maladies respiratoires ;

  • les agents chargés du ramassage lorsqu’ils travaillent sans protection.

Plus les amas sont épais, tassés et chauffés par le soleil, plus la décomposition s’accélère et plus la production de gaz augmente.Un signe visuel simple permet d’identifier cette phase : la sargasse change progressivement de couleur et passe du brun doré au brun foncé, presque noir (voir ci dessus). Ce noircissement indique que la décomposition est avancée et que les émissions de gaz sont potentiellement fortes.

Aussi, la chlordécone, pesticide persistant utilisé en Martinique et en Guadeloupe jusqu’en 1993, peut être absorbée par les sargasses lorsqu’elles passent à proximité de zones littorales contaminées. Des études menées en Martinique confirment que les sargasses se chargent en chlordécone dans les zones exposées aux ruissellements issus des sols pollués. Pour plus de renseignement sur cette question, voir Etude sur la contamination des sargasses par le chlordécone 

Les impacts 
écologiques

Au niveau des côtes, les grands radeaux de sargasses peuvent :

  • bloquer la lumière nécessaire au développement du phytoplancton ;

  • réduire la photosynthèse, ce qui appauvrit la base de la chaîne alimentaire ;

  • gêner les mouvements de nombreuses espèces (tortues, poissons, mammifères marins) ;

  • entraîner une baisse d’oxygène sous les nappes, pouvant provoquer l’asphyxie d’organismes aquatiques.

​Y-a t-il une mortalité accrue sur le littoral ?

Lorsque les sargasses s’accumulent en bord de mer, elles créent un «mur» biologique qui modifie brutalement l’accès à la plage et aux zones de ponte, de tortues par exemple.

Les impacts les plus fréquents sont :

  • difficulté pour les tortues marines d’accéder à la plage pour pondre, ou pour les nouveau-nés de rejoindre la mer ;

  • mortalité de poissons et d’invertébrés piégés dans les amas échoués ;

  • modification du comportement de certaines espèces côtières (oiseaux, crabes, mollusques).

Le phénomène se renforce lorsqu’un échouement survient dans des zones naturelles fragiles comme les mangroves, les herbiers ou les récifs.

Les sargasses sont naturellement présentes dans l’Atlantique et forment de vastes zones de vie pour de nombreux organismes marins. Cependant, les échouements massifs observés ces dernières années n’ont rien de «normal». Leur ampleur, leur fréquence et leur durée perturbent profondément les écosystèmes côtiers. Les conséquences écologiques se manifestent en mer, sur le littoral et jusque dans les fonds marins.

​Les sargasses perturbent-elles l'écosystème marin ?

​Un effet cascade sur l'ensemble de l'écosystème

Les impacts ne sont pas isolés : ils se renforcent les uns les autres.

​Par exemple :

  • la mortalité des herbiers réduit la biodiversité locale ;

  • un littoral appauvri favorise l’érosion ;

  • l’érosion fragilise les mangroves ;

  • l'appauvrissement des mangroves réduit l’abri pour les poissons juvéniles ;

  • moins de poissons signifie moins d’oiseaux marins et un déséquilibre global.

Au final, les échouements massifs de sargasses agissent comme un facteur de perturbation écologique multiple, affectant simultanément la qualité de l’eau, les habitats, la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes côtiers.

​Y-a t-il une mortalité accrue sur le littoral ?

La décomposition des sargasses a également un effet direct sur les habitats naturels.

En se décomposant, les algues :

  • libèrent du lessivage organique qui enrichit l’eau en nutriments, provoquant parfois une eutrophisation locale ;

  • contribuent à des zones hypoxiques (pauvres en oxygène), nuisibles aux poissons et invertébrés ;

  • altèrent la structure physique du littoral, surtout lorsque les amas sont épais et durent longtemps ;

  • peuvent étouffer les herbiers de phanérogames marines (par exemple les herbiers de Thalassia) en bloquant la lumière et en modifiant la composition du sédiment.

À retenir 

Les sargasses jouent un rôle écologique positif en haute mer. Ce sont les échouements massifs, prolongés et répétés qui posent problème. Ils entraînent une décomposition importante, une modification de la qualité de l’eau et des sédiments, et une perturbation majeure des habitats marins et côtiers. Ces effets cumulés fragilisent les écosystèmes, réduisent la biodiversité et perturbent le fonctionnement naturel du littoral.

Les impacts 
économiques et technologiques

Le tourisme est généralement le secteur le plus touché.

Lorsque les plages sont envahies d’algues en décomposition, l’expérience des visiteurs est fortement dégradée :

  • odeurs fortes rendant certaines zones difficiles à fréquenter ;

  • plages recouvertes, parfois impraticables ;

  • eau trouble ou colorée ;

  • perception négative du territoire sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Pour les régions très dépendantes du tourisme, cela se traduit par:

  • une baisse de fréquentation des hôtels, restaurants, sites balnéaires ;

  • des annulations de séjours et une chute de la demande ;

  • une diminution des activités dérivées (plongée, excursions, nautisme) ;

  • un impact sur l’emploi saisonnier.

La décomposition des algues, en libérant des gaz corrosifs et toxiques, est responsable d’une détérioration rapide des équipements électriques et électroniques, des objets métalliques, des bâtiments et même des moyens de paiement. En effet, le projet de recherche CORSaiR, mené depuis 2020 et auquel participe Madininair, a permis de démontrer scientifiquement le lien entre les échouements de sargasses et la corrosion accélérée des métaux. Grâce à des mesures de terrain et des analyses en laboratoire, les chercheurs ont montré que les gaz issus de la décomposition des sargasses, en particulier l’hydrogène sulfuré, sont responsables d’une corrosion plus rapide des métaux courants comme le cuivre et le zinc, utilisés notamment dans les toitures et les appareils ménagers. Ces pannes, brutales et souvent irréversibles, affectent indistinctement les habitants des zones littorales, faisant de la dégradation matérielle un phénomène à la fois quotidien et envahissant.

Dans certaines régions, les sargasses ont montré qu’elles pouvaient provoquer des pannes technologiques :

  • encrassement des systèmes de refroidissement des centrales électriques ou des stations de pompage ;

  • obstruction des grilles d’admission d’eau ;

  • surcharge du matériel filtrant ;

  • arrêts de production ou réduction de capacité.

Ces incidents peuvent entraîner des coupures de courant ou de d’eau dans certaines zones, avec des répercussions économiques et sociales importantes.

Les échouements massifs de sargasses ont des conséquences qui dépassent largement les questions environnementales. Ils affectent directement l’économie locale, la vie quotidienne des habitants et les infrastructures des territoires concernés. Parallèlement, ils poussent ces régions à développer de nouvelles solutions technologiques pour mieux anticiper, surveiller et traiter le phénomène.

​Un impact économique pour la population

​Un impact économique sur le tourisme 

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Collecte de sargasses, tulum, Mexique

Photo par G.Mannaerts, CC BY-SA 4.0

Une perturbation du secteur maritime et de la pêche 

Un coût financier important pour les collectivités 

Le ramassage quotidien, le transport, le stockage des sargasses nécessitent des moyens considérables. Pour de nombreuses communes, c’est une dépense imprévue et répétée, qui peut absorber une grande partie du budget annuelLes coûts peuvent provenir de :

  • l’achat  de matériels (cribleuses, tracteurs comme ci dessus, barges marines) ;

  • des marchés de collecte et de transport ;

  • la restauration des plages ;

  • la réparation des infrastructures érodées ou endommagées.

Un impact global sur l'attractivité des territoires 

Au-delà des coûts immédiats, les sargasses influencent la manière dont le territoire est perçu :

  • baisse de l’attractivité immobilière dans les zones très touchées ;

  • difficultés pour les entreprises liées à l’image « environnement à risque » ;

  • besoin de communication renforcée pour rassurer les visiteurs et les investisseurs.

L’enjeu devient alors autant économique que stratégique : maintenir l’image d’une destination attractive tout en gérant un phénomène naturel devenu chronique.

Des nécessaire adaptation technologique des territoires

Face à la répétition des échouements, les régions touchées ont dû accélérer leur innovation technologique. Plusieurs domaines sont concernés :

Surveillance et prévision

  • utilisation d’images satellites pour suivre les radeaux en mer ;

  • modèles de dérive pour prévoir les arrivées sur les plages ;

  • capteurs côtiers mesurant les gaz émis (H₂S) ;

  • plateformes numériques de suivi en temps réel.

  • recours aux radars moyennes et basse fréquences pour le suivi des courants en proche côtier

Ramassage et gestion

  • conception de barges spécialisées pour collecter les algues en mer ;

  • engins adaptés aux zones difficiles d’accès / engins adaptés à la collecte des sargasses en putréfaction ;

  • solutions de stockage temporaire pour éviter les émissions de gaz près des habitations mais accumulation de la chlordécone et de l'arsenic sur ces sites.

À retenir 

Les échouements massifs de sargasses représentent un coût économique considérable et une menace pour les infrastructures. Ils perturbent le tourisme, la pêche, les réseaux techniques et les budgets des collectivités.
En parallèle, ils stimulent l’émergence de solutions technologiques nouvelles, mais celles-ci demandent des investissements importants et une coordination durable.

Un risque pour les réseaux électriques et hydrauliques 

Les sargasses en mer peuvent bloquer l’accès aux ports, encrasser les hélices des navires et gêner les activités de pêche ou de plaisance.
Elles entraînent notamment :

  • des dommages aux moteurs, aux pompes et aux filets ;

  • une diminution de la zone accessible aux pêcheurs ;

  • une baisse des captures liée à l’asphyxie ou la fuite des poissons ;

  • une perte de journées de travail lors des périodes d’échouement massif.

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