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La sargasse chez nos voisins

Conventions internationales et cadre juridique global

Actuellement, certaines avancées existent au niveau international. Les sargasses sont en effet abordées de manière indirecte par plusieurs conventions générales de protection de l’environnement marin. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM, Montego Bay, 1982) impose aux États l’obligation de préserver le milieu marin et ses ressources vivantes.

Initiatives internationales récentes

Exemples d'approches nationales

Les États riverains ont adopté des positions variées en l’absence de norme unique.

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Aux États-Unis, les autorités insistent sur les bénéfices écologiques des sargasses en mer. Les councils de gestion halieutique (South Atlantic/Gulf & Caribbean Fishery Management Councils) ont officiellement désigné les deux espèces flottantes (S. natans, S. fluitans) comme habitat essentiel pour les pêcheries dans l’Atlantique sud et le golfe du Mexique. De même, ces herbiers flottants sont reconnus comme habitat critique pour les tortues marines protégées. Sur le terrain, cela signifie qu’aux USA la collecte ne peut se faire qu’en conformité avec ces protections (autorisation fédérale), et qu’on préconise plutôt la récolte à des fins commerciales (engrais, biocarburant, etc.).

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Au Mexique, une décision notable est tombée en 2025 : les ministères de l’Agriculture ont modifié leur législation (Registre national des pêcheries) pour classer les sargasses comme ressource halieutique nationale. Depuis août 2025, leur récolte est autorisée en haute mer pour être valorisée industriellement (engrais, biocarburants, matériaux), même si certaines contiennent de l’arsenic, qui n’empêche pas leur usage industriel. Ce statut de “ressource” vise à sortir les sargasses du statut de déchet et à en faire un matériau utile. D’autres États caribéens (Barbade, Jamaïque, Trinité-et-Tobago, etc.) étudient des mesures similaires, combinant collecte portuaire et projets de valorisation.

Des approches nationales

De même, la Convention de Carthagène (1983), qui encadre la protection de la mer des Caraïbes, ainsi que son protocole SPAW (1990), visent à conserver les écosystèmes marins de la région.

Dans ces textes, les sargasses sont principalement envisagées comme des ressources marines vivantes. C’est notamment sur cette base que la Commission de la mer des Sargasses (la France n’y est pas membre), créée en 2014 à la suite de la Déclaration d’Hamilton, œuvre à la protection de la mer des Sargasses et considère la récolte excessive de ces algues comme une menace pour les équilibres écologiques.

 

Cette commission, adossée au protocole SPAW, a proposé d’inscrire la mer originelle des Sargasses au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui renforcerait la dimension protégée du milieu. Cette proposition ne concerne toutefois pas la nouvelle zone d’accumulation de sargasses située entre l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique du Sud, à l’origine des échouements massifs observés sur les côtes caribéennes. Cette approche entre ainsi en tension avec la réalité des échouements. Selon les contextes, les sargasses peuvent être perçues à la fois comme une ressource écologique, un risque environnemental ou sanitaire à cause de leurs reflux toxiques, voire un déchet. Or, ces catégories juridiques ne sont pas neutres : elles conditionnent directement les politiques publiques mises en œuvre et la répartition des responsabilités.

 

En France, par exemple, le Sénat a reconnu en 2019 les échouements de sargasses comme des « risques nouveaux ou d’intensité accrue », sans que cette qualification n’ait débouché sur un régime juridique spécifique dans les Antilles françaises. Les sargasses y restent assimilées à des déchets, dont le ramassage incombe aux communes. Par ailleurs, l’abandon du régime de catastrophe naturelle en 2022 limite les possibilités d’indemnisation par les assurances pour les personnes concernées.

Conscients du caractère transfrontalier du problème, les États et organisations internationales se mobilisent depuis une dizaine d’années. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 8 décembre 2015 (70ᵉ session) une résolution demandée par la CARICOM, soulignant l’importance de la coopération internationale pour étudier les causes et impacts des échouements de sargasses.

Le programme de travail et les décisions y afférentes, adoptées à la réunion, sont axés sur : la gestion intégrée des bassins versants et des zones côtières des petits États insulaires en développement; la prévention et la réduction de la pollution par le déversement d’hydrocarbures, les eaux de ballast, les déchets marins/déchets solides, les eaux usées et les nutriments; le renforcement des aires marines protégées; la gestion écosystémique des activités côtières et marines; la préservation des corridors de migration des mammifères marins; le partage d’informations sur l’échouement d’algues sargasses; l’accroissement de la coordination régionale visant à l’amélioration de la gouvernance et la gestion durable des ressources marines vivantes dans la région des Caraïbes.(A 71/265)

Plus récemment, la France a lancé en 2023, lors de la COP28 (Dubaï, décembre 2023), une Initiative internationale contre les sargasses. Un texte conjoint signé par la France, le Mexique, le Costa Rica, la République dominicaine et l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) prévoit un plan d’action commun, incluant “une définition juridique des sargasses en droit international”. Cette initiative vise à renforcer la recherche et la valorisation des algues, mais aussi à élaborer un cadre légal commun. À terme, la vice-présidente de la Région Guadeloupe a annoncé vouloir porter cette définition au vote à l’ONU.

Au niveau des organisations de protection de la nature, une avancée majeure est attendue au Congrès mondial de l’UICN (septembre 2025) : la motion n°29 portée par la Région Guadeloupe a été adoptée à 96% en vue d’instaurer une gouvernance internationale des sargasses. L’objectif est de donner un statut juridique international au phénomène, pour inciter les États à adopter des stratégies durables communes.

Coopération régionale caribéenne

À l’échelle régionale, la situation est tout aussi diverse : certaines organisations caribéennes qualifient les sargasses d’espèces exotiques envahissantes, alors qu’elles sont simultanément intégrées aux écosystèmes marins protégés par des conventions internationales et régionales. Cette superposition de statuts, parfois contradictoires, rend la lutte contre le phénomène particulièrement complexe. 

Initiatives régionales récentes

D’autres instruments internationaux jouent un rôle indirect. Le principe “pollueur-payeur” du droit environnemental (via la Convention de Londres/MARPOL de l’OMI sur la pollution maritime) a été évoqué par les États caribéens pour responsabiliser les sources de nutriments favorisant les proliférations de sargasses (OCDE 2021). La Déclaration de Rio (1992) sur le développement durable, par son principe de responsabilités communes et différenciées, est également citée pour défendre le droit des petits États insulaires à réclamer des comptes aux gros pollueurs (vents, fertilisants) aggravant le phénomène. Enfin, la flore de sargasses est reconnue comme habitat marin clé aux États-Unis : la NOAA/EPA note qu’elle constitue un habitat halieutique essentiel (“Essential Fish Habitat”) pour plusieurs espèces commerciales, et un habitat critique pour les tortues marines protégées. Autrement dit, ce qui est considéré comme un fléau sur les plages peut être vu comme une richesse en pleine mer.

Dans les Caraïbes, la lutte contre les sargasses mobilise plusieurs institutions régionales. La CARICOM (Communauté des Caraïbes) - dont la Martinique est membre associé - a coordonné le plaidoyer régional (ex. résolution ONU 2015) et dispose d’agences spécialisées. Par exemple, l’agence régionale de gestion des urgences (CDEMA) émet aujourd’hui des bulletins d’alerte sur les échouements de sargasses. De même, l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO, ex-OECS), qui comprend également la Martinique et la Guadeloupe en tant que membres associés, a intégré la problématique dans son plan de développement durable, traitant les sargasses comme une menace écologique à gérer. En 2025, l’OECO  a également signé un contrat de partenariat avec Expertise France dans le cadre du projet SARSEA qui vise à renforcer la coopération régionale, apporter du soutien aux petits États insulaires des Caraïbes et encourager la coopération scientifique régionale. L’Association des États de la Caraïbe (AEC), qui regroupe 25 pays riverains (La Martinique et la Guadeloupe sont aussi membres associés) , a quant à elle créé dès 2006 une Commission de la mer des Caraïbes (CMC) chargée de la gouvernance marine régionale. Cette CMC a organisé dès 2015 le premier symposium inter-États sur la menace des sargasses et continue de coordonner la recherche et l’échange d’information.

En 2019, une conférence internationale des Caraïbes sur les sargasses (organisée par la France en Guadeloupe) a réuni une quarantaine de délégations (États insulaires, Union européenne, ONU, chercheurs, ONG…) pour partager expériences et stratégies de collecte/valorisation. Cette réunion a débouché sur le lancement du programme «â€¯Sarg’coop » (2019-2022, financé par l’UE), visant à mettre en place une plateforme régionale de suivi (télédétection satellite) et un centre d’alerte sur la qualité de l’air affectée par la décomposition des algues. Elle s’est poursuivie avec Sarg’coop 2 (2025-2027), lancé par la Région Guadeloupe, qui renforce la coopération régionale, la recherche scientifique et le développement de solutions durables pour la valorisation et la gestion des sargasses dans la Caraïbe. Ainsi, la coordination régionale s’organise peu à peu sous l’égide de l’AEC et des organisations sous-régionales (CARICOM, OECO).

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